Les Fonds des Communs ou comment ré-socialiser le capital pour retrouver notre souveraineté

Les « Fonds des Communs » : ré-socialiser le capital pour retrouver notre souveraineté.

Ré-socialiser le capital pour retrouver notre souveraineté et transmettre aux futures générations.

Je suis revenu des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, début Juillet 2026,  avec une conviction renforcée : nos démocraties souffrent peut-être moins d’un manque de richesses que d’un manque de maîtrise sur leur propre avenir.

Nous avons progressivement perdu une partie de notre souveraineté : industrielle, énergétique, technologique, sanitaire, mais aussi démocratique. Les crises climatiques, géopolitiques ou financières nous rappellent régulièrement que nous dépendons de décisions, de technologies, de ressources ou de capitaux qui nous échappent. Or la souveraineté, au fond, pourrait se définir très simplement : conserver la capacité de choisir demain.

Le paradoxe est saisissant. Nous disposons d’une épargne considérable, mais une partie de cette richesse finance le développement et la puissance d’autres économies. Nos assurances-vie, nos retraites et nos placements participent au financement des géants mondiaux du numérique, de l’intelligence artificielle, de l’industrie ou de la pharmacie, alors même que nous nous inquiétons de notre perte d’autonomie. Nous sommes riches, mais nous avons de plus en plus de difficultés à transformer cette richesse en capacité collective d’agir. C’est de ce paradoxe qu’est née l’idée des Fonds des Communs.

Il ne s’agirait ni d’un nouveau budget public, ni d’une nationalisation généralisée, ni d’un immense fonds contrôlé par l’État. Il s’agirait de transformer progressivement une partie de notre épargne et de notre accumulation patrimoniale en patrimoine collectif durable, destiné à financer le temps long et à être transmis aux générations suivantes.

Nous ne partirions d’ailleurs pas de zéro. En France, la Caisse des Dépôts transforme déjà plusieurs centaines de milliards d’euros d’épargne en investissements de long terme. L’Italie dispose de la Cassa Depositi e Prestiti, l’Allemagne de la KfW et de ses réseaux d’épargne publique et locale, le Royaume-Uni de National Savings & Investments. L’Europe possède également la Banque européenne d’investissement.

Plutôt que de créer immédiatement une immense institution supplémentaire, pourquoi ne pas fédérer, harmoniser et amplifier progressivement ce qui existe déjà ?

Certaines institutions financières des Fonds des Communs pourraient être européennes lorsque l’échelle l’exige, d’autres nationales, régionales ou locales. Le principe serait celui de la subsidiarité : agir au niveau où l’action est la plus pertinente et permettre à chaque niveau d’accéder à des financements grâce à ces fonds.

Leur objectif ne serait pas seulement de produire un rendement financier. Ils devraient produire de la capacité collective. Ils pourraient investir dans l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, l’énergie, la recherche, la santé, les infrastructures critiques, l’adaptation et l’atténuation climatique ou simplement la rénovation énergétique des bâtis. Mais également dans ce qui permet à une société de tenir ensemble : l’éducation, la culture, les fondations, les tiers-lieux, la recherche fondamentale, l’économie sociale et solidaire ou les communs territoriaux. Autrement dit, dans tout ce qui augmente notre capacité collective à faire société et à décider de notre avenir.

Cette logique pourrait également concerner une partie des patrimoines les plus importants, notamment lors des successions. Il ne s’agit ni de confiscation ni de stigmatisation. Toute grande fortune bénéficie aussi d’un environnement collectif : infrastructures, éducation, recherche, monnaie stable, État de droit, paix civile et marchés organisés. Une partie de cette richesse pourrait donc contribuer non pas aux dépenses courantes de l’État, mais à la constitution d’un patrimoine collectif transmissible.

Il ne faut pas seulement de redistribuer les richesses. Il faut en transformer progressivement une partie en actifs, infrastructures, ressources, connaissances et capacités dont bénéficieront également ceux qui viendront après nous. L’exemple du fonds souverain norvégien montre qu’une société peut décider de ne pas consommer entièrement une richesse présente. La Norvège a transformé une partie de sa rente pétrolière en patrimoine financier pour les générations futures.

Les Fonds des Communs prolongeraient cette intuition, mais à partir d’une idée plus large : une partie de la richesse privée elle-même repose sur des conditions de production qui sont collectives. Le fonds norvégien transforme une ressource naturelle en patrimoine financier. Les Fonds des Communs chercheraient à transformer progressivement une partie de notre accumulation économique en patrimoine collectif intergénérationnel.

Les Fonds des Communs pourraient ainsi constituer le contre-modèle d’un capitalisme devenu essentiellement extractif.  Nous pourrions envisager alors un Capitalisme des Communs. qui ne supprime ni le marché ni la propriété privée,  qui reconnaîtrait qu’une partie de la richesse produite doit contribuer à préserver les conditions collectives qui ont permis sa création et qui réoriente une partie de l’accumulation vers la souveraineté, les générations futures et les biens communs.

Le XXᵉ siècle a construit l’État-providence. Le XXIᵉ siècle devra peut-être inventer, en complément, des institutions capables de constituer et de transmettre un patrimoine commun. Car la question fondamentale n’est finalement pas seulement : combien produisons-nous ? Elle devient : qu’allons-nous transmettre ?

Nous savons transmettre à nos enfants une maison, une entreprise, une épargne ou des actions. Mais que leur transmettons-nous collectivement ? Une dette publique, une dette écologique, des infrastructures fragilisées et de nouvelles dépendances ?
Ou également de l’eau, des forêts, des infrastructures, des connaissances, des technologies, des entreprises et un capital collectif leur permettant encore de choisir leur avenir ?

Les Fonds des Communs ne constituent probablement pas une réponse à toutes les crises de notre époque. Ils ne sont qu’un outil.
Mais ils pourraient participer à une idée plus large : nous ne sommes peut-être pas seulement propriétaires du monde dont nous héritons. Nous en sommes aussi, pour un temps, les dépositaires.  Jusqu’a construire un nouveau pacte intergénérationnel ?

Paul de l’Isle.

PS : Je prépare actuellement un essai consacré aux Fonds des Communs, à leurs fondements et aux voies concrètes de leur mise en œuvre.


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Cette publication a un commentaire

  1. De l’Isle

    L’état n’a plus les moyens de financer les communs, le privé n’en a pas l’objectif.
    Il faut une institution dont ce sera l’objectif

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